On n’entend pas le reste, on passe.

Mais comme on va le dimanche suivant à Saint-Germain, deux jeunes femmes montent dans le même wagon. On en reconnaît une tout de suite, l’ennemie de Julia—L’autre?... C’est Julia!

Et ce sont des mamours, des tendresses, des projets. «Dis donc, Julia.—Écoute, Julia, etc.»

L’homme-fille a des amitiés de cette nature. Pendant trois mois il ne peut quitter son vieux Jacques, son cher Jacques. Il n’y a que Jacques au monde. Lui seul a de l’esprit, du bon sens, du talent. Lui seul est quelqu’un dans Paris. On les rencontre partout ensemble, ils dînent ensemble, vont ensemble par les rues, et chaque soir se reconduisent dix fois de la porte de l’un à la porte de l’autre sans se décider à la séparation.

Trois mois plus tard, si on parle de Jacques.

«En voilà une crapule, une rosse, un gredin. J’ai appris à le connaître, allez.—Et pas même honnête, et mal élevé, etc., etc.»

Encore trois mois après, et ils logent ensemble; mais un matin on apprend qu’ils se sont battus en duel, puis embrassés, en pleurant, sur le terrain.

Ils sont, au demeurant, les meilleurs amis du monde, fâchés à mort la moitié de l’année, se calomniant et se chérissant tour à tour, à profusion, se serrant les mains à se briser les os et prêts à se crever le ventre pour un mot mal entendu.

Car les relations des hommes-filles sont incertaines, leur humeur est à secousses, leur exaltation à surprises, leur tendresse à volte-face, leur enthousiasme à éclipses. Un jour, ils vous chérissent, le lendemain ils vous regardent à peine, parce qu’ils ont, en somme, une nature de filles, un charme de filles, un tempérament de filles; et que tous leurs sentiments ressemblent à l’amour des filles.

Ils traitent leurs amis comme les drôlesses leurs petits chiens.