—Espère, espère un brin; j’ verrons c’ quarrivera, j’ verrons ben! Ça crèvera comme un sac à grain, ce gros bouffi!

Toine riait de tout son cœur en se tapant sur le ventre et répondait:

—Eh! la mé Poule, ma planche, tâche d’engraisser comme ça d’ la volaille. Tâche pour voir.

Et relevant sa manche sur son bras énorme:

—En v’là un aileron, la mé, en v’là un.

Et les consommateurs tapaient du poing sur les tables en se tordant de joie, tapaient du pied sur la terre du sol, et crachaient par terre dans un délire de gaieté.

La vieille furieuse reprenait:

—Espère un brin... espère un brin... j’ verrons c’qu’arrivera... ça crèvera comme un sac à grain...

Et elle s’en allait furieuse, sous les rires des buveurs.

Toine, en effet, était surprenant à voir, tant il était devenu épais et gros, rouge et soufflant. C’était un de ces êtres énormes sur qui la mort semble s’amuser, avec des ruses, des gaietés et des perfidies bouffonnes, rendant irrésistiblement comique son travail lent de destruction. Au lieu de se montrer comme elle fait chez les autres, la gueuse, de se montrer dans les cheveux blancs, dans la maigreur, dans les rides, dans l’affaissement croissant qui fait dire avec un frisson: «Bigre! comme il a changé!» elle prenait plaisir à l’engraisser, celui-là, à le faire monstrueux et drôle, à l’enluminer de rouge et de bleu, à le souffler, à lui donner l’apparence d’une santé surhumaine; et les déformations qu’elle inflige à tous les êtres devenaient chez lui risibles, cocasses, divertissantes, au lieu d’être sinistres et pitoyables.