Puis il me prit par un bouton de ma veste et me dit à voix basse:

—Tu vas me rendre un service. Tu as vu la bourgeoise. Elle n’est pas commode, hein? Aujourd’hui, comme je t’ai invité, elle m’a donné des effets propres; mais si je les tache, tout est perdu; j’ai compté sur toi pour arroser mes plantes.

J’y consentis. J’ôtai mon vêtement. Je retroussai mes manches, et je me mis à fatiguer à tour de bras une espèce de pompe qui sifflait, soufflait, râlait comme un poitrinaire pour lâcher un filet d’eau pareil à l’écoulement d’une fontaine Wallace. Il fallut dix minutes pour remplir un arrosoir. J’étais en nage. Boivin me guidait.

—Ici,—à cette plante;—encore un peu.—Assez;—à cette autre.

L’arrosoir, percé, coulait, et mes pieds recevaient plus d’eau que les fleurs. Le bas de mon pantalon, trempé, s’imprégnait de boue. Et, vingt fois de suite, je recommençai, je retrempai mes pieds, je ressuai en faisant geindre le volant de la pompe. Et quand je voulais m’arrêter, exténué, le père Boivin, suppliant, me tirait par le bras:

—Encore un arrosoir—un seul—et c’est fini.

Pour me remercier, il me fit don d’une rose, d’une grande rose; mais à peine eut-elle touché ma boutonnière, qu’elle s’effeuilla complètement, me laissant, comme décoration, une petite poire verdâtre, dure comme de la pierre. Je fus étonné, mais je ne dis rien.

La voix éloignée de Mme Boivin se fit entendre:

—Viendrez-vous, à la fin? Quand on vous dit que c’est prêt!

Nous allâmes vers la chaufferette.