Ils allaient lentement sous l’ardente chaleur, à petits pas. Elle avait passé son bras sous celui de son ami, et elle regardait droit devant elle d’un regard fixe, hanté!
Elle prononça:
—Ainsi, vous ne l’avez jamais revu non plus?
—Non, jamais!
—Est-ce possible?
—Ma chère amie, ne recommençons point cette éternelle discussion. J’ai une femme et des enfants, comme vous avez un mari, nous avons donc l’un et l’autre tout à craindre de l’opinion.
Elle ne répondit point. Elle songeait à sa jeunesse lointaine, aux choses passées, si tristes.
On l’avait mariée, comme on marie les jeunes filles. Elle ne connaissait guère son fiancé, un diplomate, et elle vécut avec lui, plus tard, de la vie de toutes les femmes du monde.
Mais voilà qu’un jeune homme, M. d’Apreval, marié comme elle, l’aima d’une passion profonde; et pendant une longue absence de M. de Cadour, parti aux Indes en mission politique, elle succomba.
Aurait-elle pu résister? se refuser? Aurait-elle eu la force, le courage de ne pas céder, car elle l’aimait aussi? Non, vraiment, non! C’eût été trop dur! elle aurait trop souffert! Comme la vie est méchante et rusée! Peut-on éviter certaines atteintes du sort, peut-on fuir la destinée fatale? Quand on est femme, seule, abandonnée, sans tendresse, sans enfants, peut-on fuir toujours une passion qui se lève sur vous, comme on fuirait la lumière du soleil, pour vivre, jusqu’à sa mort, dans la nuit?