Servigny paraissait gris. Il s’appuya contre une porte pour reprendre son aplomb.
Elle lui dit:
—Pas de tête, mon pauvre Muscade, je suis plus solide que vous.
Il souriait d’un rire nerveux et il la dévorait du regard avec des convoitises bestiales dans l’œil et dans le pli des lèvres.
Elle demeurait devant lui, laissant en plein, sous la vue du jeune homme, sa gorge découverte que soulevait son souffle.
Elle reprit:
—Dans certains moments, vous avez l’air d’un chat qui va sauter sur les gens. Voyons, donnez-moi votre bras, et allons retrouver votre ami.
Sans dire un mot, il offrit son bras, et ils traversèrent le grand salon.
Saval n’était plus seul. La marquise Obardi l’avait rejoint. Elle lui parlait de choses mondaines, de choses banales avec cette voix ensorcelante qui grisait. Et, le regardant au fond de la pensée, elle semblait lui dire d’autres paroles que celles prononcées par sa bouche. Quand elle aperçut Servigny, son visage aussitôt prit une expression souriante et, se tournant vers lui:
—Vous savez, mon cher duc, que je viens de louer une villa à Bougival pour y passer deux mois. Je compte que vous viendrez m’y voir. Amenez votre ami. Tenez, je m’y installe lundi, voulez-vous venir dîner tous les deux samedi prochain? Je vous garderai toute la journée du lendemain.