—Va donc faire un tour, mon enfant, c’est excellent pour toi.
Alors, Yvette prononça d’une voix brusque:
—Non, maman, aujourd’hui je reste à la maison, et tu sais bien pourquoi, puisque je te l’ai dit l’autre soir.
Mme Obardi n’y songeait plus, toute préoccupée du désir de demeurer seule avec Saval. Elle rougit, se troubla, et, inquiète pour elle-même, ne sachant comment elle pourrait se trouver libre une heure ou deux, elle balbutia:
—C’est vrai, je n’y pensais point, tu as raison. Je ne sais pas où j’avais la tête.
Et Yvette, prenant un ouvrage de broderie qu’elle appelait le «salut public», et dont elle occupait ses mains cinq ou six fois l’an, aux jours de calme plat, s’assit sur une chaise basse auprès de sa mère, tandis que les deux jeunes gens, à cheval sur des pliants, fumaient des cigares.
Les heures passaient dans une causerie paresseuse et sans cesse mourante. La marquise, énervée, jetait à Saval des regards éperdus, cherchait un prétexte, un moyen d’éloigner sa fille. Elle comprit enfin qu’elle ne réussirait pas, et ne sachant de quelle ruse user, elle dit à Servigny:
—Vous savez, mon cher duc, que je vous garde tous deux ce soir. Nous irons déjeuner demain au restaurant Fournaise, à Chatou.
Il comprit, sourit, et s’inclinant:
—Je suis à vos ordres, marquise.