—Je ne l’ai pas été, je ne le suis pas et je ne le serai point. Moi, je vais surtout dans la maison pour la fille.

—Ah! Elle a une fille?

—Si elle a une fille! Une merveille, mon cher. C’est aujourd’hui la principale attraction de cette caverne. Grande, magnifique, mûre à point, dix-huit ans, aussi blonde que sa mère est brune, toujours joyeuse, toujours prête pour les fêtes, toujours riant à pleine bouche et dansant à corps perdu. Qui l’aura? ou qui l’a eue? On ne sait pas. Nous sommes dix qui attendons, qui espérons.

Une fille comme ça, entre les mains d’une femme comme la marquise, c’est une fortune. Et elles jouent serré, les deux gaillardes. On n’y comprend rien. Elles attendent peut-être une occasion... meilleure... que moi. Mais, moi, je te réponds bien que je la saisirai... l’occasion, si je la rencontre.

Cette fille, Yvette, me déconcerte absolument, d’ailleurs. C’est un mystère. Si elle n’est pas le monstre d’astuce et de perversité le plus complet que j’aie jamais vu, elle est certes le phénomène d’innocence le plus merveilleux qu’on puisse trouver. Elle vit dans ce milieu infâme avec une aisance tranquille et triomphante, admirablement scélérate ou naïve.

Merveilleux rejeton d’aventurière, poussé sur le fumier de ce monde-là, comme une plante magnifique nourrie de pourritures, ou bien fille de quelque homme de haute race, de quelque grand artiste ou de quelque grand seigneur, de quelque prince ou de quelque roi tombé, un soir, dans le lit de la mère, on ne peut comprendre ce qu’elle est ni ce qu’elle pense. Mais tu vas la voir.

Saval se mit à rire et dit:

—Tu en es amoureux.

—Non. Je suis sur les rangs, ce qui n’est pas la même chose. Je te présenterai d’ailleurs mes coprétendants les plus sérieux. Mais j’ai des chances marquées. J’ai de l’avance, on me montre quelque faveur.

Saval répéta: