Elle avait déjà envisagé toutes les faces de la situation et tous les moyens d’en sortir.
Que ferait-elle si sa mère ne tenait pas scrupuleusement la condition qu’elle avait posée, ne renonçait pas à sa vie, à son monde, à tout, pour aller se cacher avec elle dans un pays lointain?
Elle pouvait partir seule... fuir. Mais où? Comment? De quoi vivrait-elle?
En travaillant? A quoi? A qui s’adresserait-elle pour trouver de l’ouvrage? Et puis l’existence morne et humble des ouvrières, des filles du peuple, lui semblait un peu honteuse, indigne d’elle. Elle songea à se faire institutrice, comme les jeunes personnes des romans, et à être aimée, puis épousée par le fils de la maison. Mais il aurait fallu qu’elle fût de grande race, qu’elle pût, quand le père exaspéré lui reprocherait d’avoir volé l’amour de son fils, dire d’une voix fière:
—Je m’appelle Yvette Obardi.
Elle ne le pouvait pas. Et puis c’eût été même encore là un moyen banal, usé.
Le couvent ne valait guère mieux. Elle ne se sentait d’ailleurs aucune vocation pour la vie religieuse, n’ayant qu’une piété intermittente et fugace. Personne ne pouvait la sauver en l’épousant, étant ce qu’elle était! Aucun secours n’était acceptable d’un homme, aucune issue possible, aucune ressource définitive!
Et puis, elle voulait quelque chose d’énergique, de vraiment grand, de vraiment fort, qui servirait d’exemple; et elle se résolut à la mort.
Elle s’y décida tout d’un coup, tranquillement, comme s’il s’agissait d’un voyage, sans réfléchir, sans voir la mort, sans comprendre que c’est la fin sans recommencement, le départ sans retour, l’adieu éternel à la terre, à la vie.
Elle fut disposée immédiatement à cette détermination extrême, avec la légèreté des âmes exaltées et jeunes.