Elle revint le soir, les poches pleines de petites bouteilles.
Elle recommença le lendemain ce manège, et étant entrée par hasard chez un droguiste, elle put obtenir, d’un seul coup, un quart de litre.
Elle ne sortit pas le samedi; c’était un jour couvert et tiède; elle le passa tout entier sur la terrasse, étendue sur une chaise longue en osier.
Elle ne pensait presque à rien, très résolue et très tranquille.
Elle mit, le lendemain, une toilette bleue qui lui allait fort bien, voulant être belle.
En se regardant dans sa glace elle se dit tout d’un coup: Demain, je serai morte.—Et un singulier frisson lui passa le long du corps. Morte! Je ne parlerai plus, je ne penserai plus, personne ne me verra plus. Et moi je ne verrai plus rien de tout cela!
Elle contemplait attentivement son visage comme si elle ne l’avait jamais aperçu, examinant surtout ses yeux, découvrant mille choses en elle, un caractère secret de sa physionomie qu’elle ne connaissait pas, s’étonnant de se voir, comme si elle avait en face d’elle une personne étrangère, une nouvelle amie.
Elle se disait:
—C’est moi, c’est moi que voilà dans cette glace. Comme c’est étrange de se regarder soi-même. Sans le miroir cependant, nous ne nous connaîtrions jamais. Tous les autres sauraient comment nous sommes, et nous ne le saurions point, nous.
Elle prit ses grands cheveux tressés en nattes et les ramena sur sa poitrine, suivant de l’œil tous ses gestes, toutes ses poses, tous ses mouvements.