—Je te crois. Mais comment veux-tu que je m’en tire? Je suis seul, je ne connais personne, je ne peux me recommander de personne. Ce n’est pas la bonne volonté qui me manque, mais les moyens.

Son camarade le regarda des pieds à la tête, en homme pratique, qui juge un sujet, puis il prononça d’un ton convaincu:

—Vois-tu, mon petit, tout dépend de l’aplomb, ici. Un homme un peu malin devient plus facilement ministre que chef de bureau. Il faut s’imposer et non pas demander. Mais comment diable n’as-tu pas trouvé mieux qu’une place d’employé au Nord?

Duroy reprit:

—J’ai cherché partout, et je n’ai rien découvert. Mais j’ai quelque chose en vue en ce moment, on m’offre d’entrer comme écuyer au manège Pellerin. Là, j’aurai, au bas mot, trois mille francs.

Forestier s’arrêta net:

—Ne fais pas ça, c’est stupide, quand tu devrais gagner dix mille francs. Tu te fermes l’avenir du coup. Dans ton bureau, au moins tu es caché, personne ne te connaît, tu peux en sortir si tu es fort, et faire ton chemin. Mais, une fois écuyer, c’est fini. C’est comme si tu étais maître d’hôtel dans une maison où Tout-Paris va dîner. Quand tu auras donné des leçons d’équitation aux hommes du monde ou à leurs fils, ils ne pourront plus s’accoutumer à te considérer comme leur égal.

Il se tut, réfléchit quelques secondes, puis demanda:

—Es-tu bachelier?

—Non. J’ai échoué deux fois.