Langremont, d’ailleurs, demeurait aussi intact que son ennemi, et Jacques Rival murmura d’un ton mécontent:
—Avec ce sacré pistolet, c’est toujours comme ça, on se rate ou on se tue. Quel sale instrument!
Duroy ne bougeait point, paralysé de surprise et de joie: «C’était fini!» Il fallut lui enlever son arme qu’il tenait toujours serrée dans sa main. Il lui semblait maintenant qu’il se serait battu contre l’univers entier. C’était fini. Quel bonheur! il se sentait brave tout à coup à provoquer n’importe qui.
Tous les témoins causèrent quelques minutes, prenant rendez-vous dans le jour pour la rédaction du procès-verbal, puis on remonta dans la voiture; et le cocher qui riait sur son siège repartit en faisant claquer son fouet.
Ils déjeunèrent tous les quatre sur le boulevard, en causant de l’événement. Duroy disait ses impressions:
—Ça ne m’a rien fait, absolument rien. Vous avez dû le voir du reste?
Rival répondit:
—Oui, vous vous êtes bien tenu.
Quand le procès-verbal fut rédigé on le présenta à Duroy qui devait l’insérer dans les échos. Il s’étonna de voir qu’il avait échangé deux balles avec M. Louis Langremont, et, un peu inquiet, il interrogea Rival:
—Mais nous n’avons tiré qu’une balle.