—Duroy de Cantel, Duroy de Cantel, Mme Duroy de Cantel. C’est excellent, excellent!

Elle ajouta, d’un air convaincu:

—Et vous verrez comme c’est facile à faire accepter par tout le monde. Mais il faut saisir l’occasion. Car il serait trop tard ensuite. Vous allez, dès demain, signer vos chroniques D. de Cantel, et vos échos tout simplement Duroy. Ça se fait tous les jours dans la presse et personne ne s’étonnera de vous voir prendre un nom de guerre. Au moment de notre mariage, nous pourrons encore modifier un peu cela en disant aux amis que vous aviez renoncé à votre du par modestie, étant donnée votre position, ou même sans rien dire du tout. Quel est le petit nom de votre père?

—Alexandre.

Elle murmura deux ou trois fois de suite: «Alexandre, Alexandre», en écoutant la sonorité des syllabes, puis elle écrivit sur une feuille toute blanche:

«Monsieur et Madame Alexandre du Roy de Cantel ont l’honneur de vous faire part du mariage de Monsieur Georges du Roy de Cantel, leur fils, avec Madame Madeleine Forestier.»

Elle regardait son écriture d’un peu loin, ravie de l’effet, et elle déclara:

—Avec un rien de méthode, on arrive à réussir tout ce qu’on veut.

Quand il se retrouva dans la rue, bien déterminé à s’appeler désormais du Roy, et même du Roy de Cantel, il lui sembla qu’il venait de prendre une importance nouvelle. Il marchait plus crânement, le front plus haut, la moustache plus fière, comme doit marcher un gentilhomme. Il sentait en lui une sorte d’envie joyeuse de raconter aux passants: «Je m’appelle du Roy de Cantel.»

Mais à peine rentré chez lui, la pensée de Mme de Marelle l’inquiéta et il lui écrivit aussitôt, afin de lui demander un rendez-vous pour le lendemain. «Ça sera dur, pensait-il. Je vais recevoir une bourrasque de premier ordre.»