—Je n’attends rien... je n’espère rien. Je vous aime. Quoi que vous fassiez, je vous le répéterai si souvent, avec tant de force et d’ardeur, que vous finirez bien par le comprendre. Je veux faire pénétrer en vous ma tendresse, vous la verser dans l’âme, mot par mot, heure par heure, jour par jour, de sorte qu’enfin elle vous imprègne comme une liqueur tombée goutte à goutte, qu’elle vous adoucisse, vous amollisse et vous force, plus tard, à me répondre: «Moi aussi, je vous aime.»

Il sentait trembler son épaule contre lui et sa gorge palpiter; et elle balbutia, très vite:

—Moi aussi, je vous aime.

Il eut un sursaut, comme si un grand coup lui fût tombé sur la tête, et il soupira: «Oh! mon Dieu!...»

Elle reprit, d’une voix haletante:

—Est-ce que je devrais vous dire cela? Je me sens coupable et méprisable... moi... qui ai deux filles... mais je ne peux pas... je ne peux pas... Je n’aurais pas cru... je n’aurais jamais pensé... c’est plus fort... plus fort que moi. Écoutez... écoutez... je n’ai jamais aimé... que vous... je vous le jure. Et je vous aime depuis un an, en secret, dans le secret de mon cœur. Oh! j’ai souffert, allez, et lutté, je ne peux plus, je vous aime...

Elle pleurait dans ses doigts croisés sur son visage, et tout son corps frémissait, secoué par la violence de son émotion.

Georges murmura:

—Donnez-moi votre main, que je la touche, que je la presse...

Elle ôta lentement sa main de sa figure. Il vit sa joue toute mouillée, et une goutte d’eau prête à tomber encore au bord des cils.