Toutes les femmes avaient les yeux sur lui. Mme Walter murmura de sa voix lente:

—Vous feriez avec vos souvenirs une charmante série d’articles.

Alors Walter considéra le jeune homme par-dessus le verre de ses lunettes comme il faisait pour bien voir les visages. Il regardait les plats par-dessous.

Forestier saisit le moment:

—Mon cher patron, je vous ai parlé tantôt de M. Georges Duroy, en vous demandant de me l’adjoindre pour le service des informations politiques. Depuis que Marambot nous a quittés, je n’ai personne pour aller prendre les renseignements urgents et confidentiels, et le journal en souffre.

Le père Walter devint sérieux et releva tout à fait ses lunettes pour regarder Duroy bien en face. Puis il dit:

—Il est certain que M. Duroy a un esprit original. S’il veut bien venir causer avec moi, demain à trois heures, nous arrangerons ça.

Puis, après un silence, et se tournant tout à fait vers le jeune homme:

—Mais faites-nous tout de suite une petite série fantaisiste sur l’Algérie. Vous raconterez vos souvenirs, et vous mêlerez à ça la question de la colonisation, comme tout à l’heure. C’est d’actualité, tout à fait d’actualité, et je suis sûr que ça plaira beaucoup à nos lecteurs. Mais dépêchez-vous! il me faut le premier article pour demain ou après-demain, pendant qu’on discute à la Chambre, afin d’amorcer le public.

Mme Walter ajouta, avec cette grâce sérieuse qu’elle mettait en tout et qui donnait un air de faveurs à ses paroles: