—Eh bien! monsieur, lui dit-elle brusquement, vous voulez donc tâter du journalisme?
Alors il parla de ses projets, en termes vagues, puis recommença avec elle la conversation qu’il venait d’avoir avec Mme Walter; mais, comme il possédait mieux son sujet, il s’y montra supérieur, répétant comme de lui des choses qu’il venait d’entendre. Et sans cesse il regardait dans les yeux de sa voisine, comme pour donner à ce qu’il disait un sens profond.
Elle lui raconta à son tour des anecdotes, avec un entrain facile de femme qui se sait spirituelle et qui veut toujours être drôle; et, devenant familière, elle posait la main sur son bras, baissait la voix pour dire des riens, qui prenaient ainsi un caractère d’intimité. Il s’exaltait intérieurement à frôler cette jeune femme qui s’occupait de lui. Il aurait voulu tout de suite se dévouer pour elle, la défendre, montrer ce qu’il valait; et les retards qu’il mettait à lui répondre indiquaient la préoccupation de sa pensée.
Mais tout à coup, sans raison, Mme de Marelle appela: «Laurine!» et la petite fille s’en vint.
—Assieds-toi là, mon enfant: tu aurais froid près de la fenêtre.
Et Duroy fut pris d’une envie folle d’embrasser la fillette, comme si quelque chose de ce baiser eût dû retourner à la mère.
Il demanda d’un ton galant et paternel:
—Voulez-vous me permettre de vous embrasser, mademoiselle?
L’enfant leva les yeux sur lui d’un air surpris. Mme de Marelle dit en riant:
—Réponds: «Je veux bien, monsieur, pour aujourd’hui; mais ce ne sera pas toujours comme ça.»