Madeleine prit une tapisserie à laquelle elle travaillait de temps en temps, et elle dit en choisissant ses laines:

—Moi, je n’ai qu’à me taire. C’est à toi de réfléchir.

Il fut longtemps sans répondre, puis il prononça, en hésitant:

—Le monde ne comprendra jamais et que Vaudrec ait fait de toi son unique héritière et que j’aie admis cela, moi. Recevoir cette fortune de cette façon, ce serait avouer... avouer de ta part une liaison coupable, et de la mienne une complaisance infâme... Comprends-tu comment on interpréterait notre acceptation? Il faudrait trouver un biais, un moyen adroit de pallier la chose. Il faudrait laisser entendre, par exemple, qu’il a partagé entre nous cette fortune, en donnant la moitié au mari, la moitié à la femme.

Elle demanda:

—Je ne vois pas comment cela pourrait se faire, puisque le testament est formel.

Il répondit:

—Oh! c’est bien simple. Tu pourrais me laisser la moitié de l’héritage par donation entre vifs. Nous n’avons pas d’enfants, c’est donc possible. De cette façon, on fermerait la bouche à la malignité publique.

Elle répliqua, un peu impatiente:

—Je ne vois pas non plus comment on fermerait la bouche à la malignité publique, puisque l’acte est là, signé par Vaudrec.