—Eh bien! il y a un moyen, un seul! Il faut que la chose vienne de vous, et pas de moi. Vous êtes une enfant gâtée; on vous laisse tout dire, on ne s’étonnera pas trop d’une audace de plus de votre part. Écoutez donc. Ce soir, en rentrant, vous irez trouver votre maman toute seule. Et vous lui avouerez que vous voulez m’épouser. Elle aura une grosse émotion et une grosse colère...

Suzanne l’interrompit:

—Oh! maman voudra bien.

Il reprit vivement:

—Non. Vous ne la connaissez pas. Elle sera plus fâchée et plus furieuse que votre père. Vous verrez comme elle refusera. Mais vous tiendrez bon, vous ne céderez pas; vous répéterez que vous voulez m’épouser, moi seul, rien que moi. Le ferez-vous?

—Je le ferai.

—Et en sortant de chez votre mère, vous direz la même chose à votre père, d’un air très sérieux et très décidé.

—Oui, oui. Et puis?

—Et puis, c’est là que ça devient grave. Si vous êtes résolue, bien résolue, bien, bien, bien résolue à être ma femme, ma chère, chère petite Suzanne... Je vous... je vous enlèverai.

Elle eut une grande secousse de joie et faillit battre des mains.