Mme Walter déclara, avec une énergie farouche:
—Jamais je ne lui laisserai épouser Suzanne... Tu entends... jamais!
Il finit par se fâcher et par prendre, en homme pratique, la défense de Bel-Ami.
—Mais, tais-toi donc... Je te répète qu’il le faut... qu’il le faut absolument. Et qui sait? Peut-être ne le regretterons-nous pas. Avec les êtres de cette trempe-là, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tu as vu comme il a jeté bas, en trois articles, ce niais de Laroche-Mathieu, et comme il l’a fait avec dignité, ce qui était rudement difficile dans sa situation de mari. Enfin nous verrons. Toujours est-il que nous sommes pris. Nous ne pouvons plus nous tirer de là.
Elle avait envie de crier, de se rouler par terre, de s’arracher les cheveux. Elle prononça encore, d’une voix exaspérée:
—Il ne l’aura pas... Je... ne... veux... pas!
Walter se leva, ramassa sa lampe, reprit:
—Tiens, tu es stupide comme toutes les femmes. Vous n’agissez jamais que par passion. Vous ne savez pas vous plier aux circonstances... vous êtes stupides! Moi, je te dis qu’il l’épousera... Il le faut.
Et il sortit en traînant ses pantoufles. Il traversa, fantôme comique en chemise de nuit, le large corridor du vaste hôtel endormi, et rentra, sans bruit, dans sa chambre.
Mme Walter restait debout, déchirée par une intolérable douleur. Elle ne comprenait pas encore bien, d’ailleurs. Elle souffrait seulement. Puis il lui sembla qu’elle ne pourrait pas demeurer là, immobile, jusqu’au jour. Elle sentait en elle un besoin violent de se sauver, de courir devant elle, de s’en aller, de chercher de l’aide, d’être secourue.