Duroy, furieux, sortit sans répondre un mot, et, pénétrant brusquement dans le cabinet de son camarade:
—Pourquoi n’as-tu pas fait paraître, ce matin, ma chronique?
Le journaliste fumait une cigarette, le dos au fond de son fauteuil et les pieds sur sa table, salissant de ses talons un article commencé. Il articula tranquillement avec un son de voix ennuyé et lointain, comme s’il parlait du fond d’un trou:
—Le patron l’a trouvé mauvais, et m’a chargé de te le remettre pour le recommencer. Tiens, le voilà.
Et il indiquait du doigt les feuilles dépliées sous un presse-papier.
Duroy, confondu, ne trouva rien à dire, et, comme il mettait sa prose dans sa poche, Forestier reprit:
—Aujourd’hui tu vas te rendre d’abord à la préfecture...
Et il indiqua une série de courses d’affaires, de nouvelles à recueillir. Duroy s’en alla, sans avoir pu découvrir le mot mordant qu’il cherchait.
Il rapporta son article le lendemain. Il lui fut rendu de nouveau. L’ayant refait une troisième fois, et le voyant refusé, il comprit qu’il allait trop vite et que la main de Forestier pouvait seule l’aider dans sa route.
Il ne parla donc plus des Souvenirs d’un chasseur d’Afrique, en se promettant d’être souple et rusé, puisqu’il le fallait, et de faire, en attendant mieux, son métier de reporter avec zèle.