Voilà.—Maintenant, jugez-moi.

L’accusé se rassit. Devant cette révélation, l’affaire a été reportée à la session suivante. Elle passera bientôt. Si nous étions jurés, que ferions-nous de ce parricide?

Un Parricide a paru dans le Gil-Blas du mardi 19 août 1884, sous le titre de L’Assassin, et signé: MAUFRIGNEUSE.


LE PETIT.

MONSIEUR Lemonnier était demeuré veuf avec un enfant. Il avait aimé follement sa femme, d’un amour exalté et tendre, sans une défaillance, pendant toute leur vie commune. C’était un bon homme, un brave homme, simple, tout simple, sincère, sans défiance et sans malice.

Étant devenu amoureux d’une voisine qui était pauvre, il la demanda en mariage et l’épousa. Il faisait un commerce de draperie assez prospère, gagnait pas mal d’argent et ne douta pas une seconde qu’il n’eût été accepté pour lui-même par la jeune fille.

Elle le rendit heureux d’ailleurs. Il ne voyait qu’elle au monde, ne pensait qu’à elle, la regardait sans cesse avec des yeux d’adorateur prosterné. Pendant les repas, il commettait mille maladresses pour ne point détourner son regard du visage chéri, versait le vin dans son assiette et l’eau dans la salière, puis se mettait à rire comme un enfant, en répétant:

—Je t’aime trop, vois-tu; cela me fait faire un tas de bêtises.

Elle souriait, d’un air calme et résigné; puis détournait les yeux, comme gênée par l’adoration de son mari, et elle tâchait de le faire parler, de causer de n’importe quoi; mais il lui prenait la main à travers la table, et la gardait dans la sienne en murmurant: