Bref, elle m’adorait. C’étaient des cajoleries, des mamours, des p’tits noms de chien, un tas d’ gentillesses à me donner des réflexions.
Je me disais: «Faut pas qu’ ça dure, ou je me laisserai prendre!» Mais on ne me prend pas facilement, moi. Je ne suis pas de ceux qu’on enjôle avec deux baisers. Enfin j’avais l’œil; quand elle m’annonça qu’elle était grosse.
Pif! pan! c’est comme si on m’avait tiré deux coups de fusil dans la poitrine. Et elle m’embrassait, elle m’embrassait, elle riait, elle dansait, elle était folle, quoi! Je ne dis rien le premier jour; mais, la nuit, je me raisonnai. Je pensais: «Ça y est; mais faut parer le coup, et couper le fil, il n’est que temps.» Vous comprenez, j’avais mon père et ma mère à Barneville, et ma sœur mariée au marquis d’Yspare, à Rollebec, à deux lieues de Villebon. Pas moyen de blaguer.
Mais comment me tirer d’affaire? Si elle quittait la maison, on se douterait de quelque chose et on jaserait. Si je la gardais, on verrait bientôt l’ bouquet; et puis, je ne pouvais la lâcher comme ça.
J’en parlai à mon oncle, le baron de Creteuil, un vieux lapin qui en a connu plus d’une, et je lui demandai un avis. Il me répondit tranquillement:
—Il faut la marier, mon garçon.
Je fis un bond.
—La marier, mon oncle, mais avec qui? Il haussa doucement les épaules:
—Avec qui tu voudras, c’est ton affaire et non la mienne. Quand on n’est pas bête on trouve toujours.
Je réfléchis bien huit jours à cette parole, et je finis par me dire à moi-même: «Il a raison, mon oncle.»