—C’est mon pauvre chien que j’ai perdu.

—Comment? Vous avez perdu votre chien?

—Oui. Il avait à peine un an. Il n’était jamais sorti de la boutique. J’ai voulu le prendre pour le promener dans les bois. Il n’avait jamais vu d’herbes ni de feuilles; et il est devenu comme fou. Il s’est mis à courir en aboyant et il a disparu dans la forêt. Il faut dire aussi qu’il avait eu très peur du chemin de fer; cela avait pu lui faire perdre le sens. J’ai eu beau l’appeler, il n’est pas revenu. Il va mourir de faim là dedans.

La jeune femme, sans se tourner vers son mari, articula:

—Si tu lui avais laissé son attache, cela ne serait pas arrivé. Quand on est bête comme toi, on n’a pas de chien.

Il murmura timidement:

—Mais, ma chère amie, c’est toi...

Elle s’arrêta net; et, le regardant dans les yeux comme si elle allait les lui arracher, elle recommença à lui jeter au visage des reproches sans nombre.

Le soir tombait. Le voile de brume qui couvre la campagne au crépuscule se déployait lentement; et une poésie flottait, faite de cette sensation de fraîcheur particulière et charmante qui emplit les bois à l’approche de la nuit.

Tout à coup, le jeune homme s’arrêta, et se tâtant le corps fiévreusement: