Je poussai un cri de fureur, et je voulus m’élancer pour la défendre. Le commissaire m’arrêta:

—Cette fille, madame, est un homme qui s’appelle Jean-Nicolas Lecapet, condamné à mort en 1879 pour assassinat précédé de viol. Sa peine fut commuée en prison perpétuelle. Il s’échappa voici quatre mois. Nous le cherchons depuis lors.

J’étais affolée, atterrée. Je ne croyais pas. Le commissaire reprit en riant:

—Je ne puis vous donner qu’une preuve. Il a le bras droit tatoué. La manche fut relevée. C’était vrai. L’homme de police ajouta avec un certain mauvais goût:

—Fiez-vous-en à nous pour les autres constatations.

Et on emmena ma femme de chambre!

Eh bien, le croirais-tu, ce qui dominait en moi ce n’était pas la colère d’avoir été jouée ainsi, trompée et ridiculisée; ce n’était pas la honte d’avoir été ainsi habillée, déshabillée, maniée et touchée par cet homme... mais une... humiliation profonde... une humiliation de femme. Comprends-tu?

—Non, pas très bien?

—Voyons... Réfléchis... Il avait été condamné... pour viol, ce garçon... eh bien! je pensais... à celle qu’il avait violée... et ça..., ça m’humiliait... Voilà... Comprends-tu, maintenant?

Et Mme Margot ne répondit pas. Elle regardait droit devant elle, d’un œil fixe et singulier, les deux boutons luisants de la livrée, avec ce sourire de sphinx qu’ont parfois les femmes.