Comme il n’y pouvait parvenir, ne sachant s’y prendre, ne sachant que dire, affolé d’inquiétudes, avec la peur de cet enfant qui grandissait, il prit un parti suprême. Il déménagea, une nuit, et disparut.
Le coup fut si rude qu’elle ne chercha pas celui qui l’avait ainsi abandonnée. Elle se jeta aux genoux de sa mère en lui confessant son malheur; et, quelques mois plus tard, elle accoucha d’un garçon.
Des années s’écoulèrent. François Tessier vieillissait sans qu’aucun changement se fît en sa vie. Il menait l’existence monotone et morne des bureaucrates, sans espoirs et sans attentes. Chaque jour, il se levait à la même heure, suivait les mêmes rues, passait par la même porte devant le même concierge, entrait dans le même bureau, s’asseyait sur le même siège, et accomplissait la même besogne. Il était seul au monde, seul, le jour, au milieu de ses collègues indifférents, seul, la nuit, dans son logement de garçon. Il économisait cent francs par mois pour la vieillesse.
Chaque dimanche, il faisait un tour aux Champs-Élysées, afin de regarder passer le monde élégant, les équipages et les jolies femmes.
Il disait le lendemain, à son compagnon de peine:
—Le retour du bois était fort brillant, hier.
Or, un dimanche, par hasard, ayant suivi des rues nouvelles, il entra au parc Monceau. C’était par un clair matin d’été.
Les bonnes et les mamans, assises le long des allées, regardaient les enfants jouer devant elles.
Mais soudain François Tessier frissonna. Une femme passait, tenant par la main deux enfants: un petit garçon d’environ dix ans, et une petite fille de quatre ans. C’était elle.
Il fit encore une centaine de pas, puis s’affaissa sur une chaise, suffoqué par l’émotion. Elle ne l’avait pas reconnu. Alors il revint, cherchant à la voir encore. Elle s’était assise, maintenant. Le garçon demeurait très sage, à son côté, tandis que la fillette faisait des pâtés de terre. C’était elle, c’était bien elle. Elle avait un air sérieux de dame, une toilette simple, une allure assurée et digne.