—J’ crais ben que c’est dans la voiture à Polyte.
La vieille cherchait à comprendre, cherchait à deviner, cherchait à savoir qui avait pu faire ce malheur à sa fille. Si c’était un gars bien riche et bien vu, on verrait à s’arranger. Il n’y aurait encore que demi-mal; Céleste n’était pas la première à qui pareille chose arrivait; mais ça la contrariait tout de même, vu les propos et leur position.
Elle reprit:
—Et qué que c’est qui t’a fait ça, salope?
Et Céleste, résolue à tout dire, balbutia:
—J’ crais ben qu’ c’est Polyte.
Alors la mère Malivoire, affolée de colère, se rua sur sa fille et se mit à la battre avec une telle frénésie qu’elle en perdit son bonnet.
Elle tapait à grands coups de poing sur la tête, sur le dos, partout; et Céleste, tout à fait allongée entre les deux seaux, qui la protégeaient un peu, cachait seulement sa figure entre ses mains.
Toutes les vaches, surprises, avaient cessé de pâturer, et, s’étant retournées, regardaient de leurs gros yeux. La dernière meugla, le mufle tendu vers les femmes.
Après avoir tapé jusqu’à perdre haleine, la mère Malivoire, essoufflée, s’arrêta; et reprenant un peu ses esprits, elle voulut se rendre tout à fait compte de la situation: