Puis il demeura immobile, debout, songeant, le regard toujours planté sur la carte. Une colère s’éveillait en lui contre ce morceau de papier, une colère haineuse où se mêlait un étrange sentiment de malaise. C’était stupide, cette histoire-là! Il prit un canif ouvert sous sa main et le piqua au milieu du nom imprimé, comme s’il eût poignardé quelqu’un.
Donc il fallait se battre! Choisirait-il l’épée ou le pistolet, car il se considérait bien comme l’insulté. Avec l’épée, il risquait moins; mais avec le pistolet il avait chance de faire reculer son adversaire. Il est bien rare qu’un duel à l’épée soit mortel, une prudence réciproque empêchant les combattants de se tenir en garde assez près l’un de l’autre pour qu’une pointe entre profondément. Avec le pistolet il risquait sa vie sérieusement; mais il pouvait aussi se tirer d’affaire avec tous les honneurs de la situation et sans arriver à une rencontre.
Il prononça:
—Il faut être ferme. Il aura peur.
Le son de sa voix le fit tressaillir et il regarda autour de lui. Il se sentait fort nerveux. Il but encore un verre d’eau, puis commença à se dévêtir pour se coucher.
Dès qu’il fut au lit, il souffla sa lumière et ferma les yeux.
Il pensait:
J’ai toute la journée de demain pour m’occuper de mes affaires. Dormons d’abord afin d’être calme.
Il avait très chaud dans ses draps, mais il ne pouvait parvenir à s’assoupir. Il se tournait et se retournait, demeurait cinq minutes sur le dos, puis se plaçait sur le côté gauche, puis se roulait sur le côté droit.
Il avait encore soif. Il se releva pour boire. Puis une inquiétude le saisit: