Et son cœur se remit à battre furieusement.

—Après-demain, à cette heure-ci, je serai peut-être mort. Cette personne en face de moi, ce moi que je vois dans cette glace, ne sera plus. Comment! me voici, je me regarde, je me sens vivre, et dans vingt-quatre heures je serai couché dans ce lit, mort, les yeux fermés, froid, inanimé, disparu.

Il se retourna vers la couche et il se vit distinctement étendu sur le dos dans ces mêmes draps qu’il venait de quitter. Il avait ce visage creux qu’ont les morts et cette mollesse des mains qui ne remueront plus.

Alors il eut peur de son lit et, pour ne plus le regarder, il passa dans son fumoir. Il prit machinalement un cigare, l’alluma et se remit à marcher. Il avait froid; il alla vers la sonnette pour réveiller son valet de chambre; mais il s’arrêta, la main levée vers le cordon:

—Cet homme va s’apercevoir que j’ai peur.

Et il ne sonna pas, il fit du feu. Ses mains tremblaient un peu, d’un frémissement nerveux, quand elles touchaient les objets. Sa tête s’égarait; ses pensées troubles, devenaient fuyantes, brusques, douloureuses, une ivresse envahissait son esprit comme s’il eût bu.

Et sans cesse il se demandait:

—Que vais-je faire? Que vais-je devenir?

Tout son corps vibrait, parcouru de tressaillements saccadés; il se releva et, s’approchant de la fenêtre, ouvrit les rideaux.

Le jour venait, un jour d’été. Le ciel rose faisait rose la ville, les toits et les murs. Une grande tombée de lumière tendue, pareille à une caresse du soleil levant, enveloppait le monde réveillé; et, avec cette lueur, un espoir gai, rapide, brutal, envahit le cœur du vicomte! Était-il fou de s’être laissé ainsi terrasser par la crainte, avant même que rien fût décidé, avant que ses témoins eussent vu ceux de ce Georges Lamil, avant qu’il sût encore s’il allait se battre?