L’autre hésitait encore, tenté par le jeu et l’eau-de-vie, sachant bien qu’il allait encore s’ivrogner s’il entrait chez Paumelle, retenu aussi par l’idée de sa femme restée toute seule dans sa masure.
Il demanda:
—On dirait qu’ t’as fait une gageure de m’ soûler tous les soirs. Dis-mé, qué qu’ ça te rapporte, pisque tu payes toujours?
Et il riait tout de même à l’idée de toute cette eau-de-vie bue aux frais d’un autre; il riait d’un rire content de Normand en bénéfice.
Mathurin, son camarade, le tirait toujours par le bras.
—Allons, viens-t’en, Jérémie. C’est pas un soir à rentrer, sans rien de chaud dans le ventre. Qué qu’ tu crains? Ta femme va-t-il pas bassiner ton lit?
Jérémie répondait:
—L’aut’ soir que je n’ai point pu r’trouver la porte... Qu’on m’a quasiment r’pêché dans le ruisseau de d’vant chez nous!
Et il riait encore à ce souvenir de pochard, et il allait tout doucement vers le café de Paumelle, dont la vitre illuminée brillait; il allait, tiré par Mathurin et poussé par le vent, incapable de résister à ces deux forces.
La salle basse était pleine de matelots, de fumée et de cris. Tous ces hommes, vêtus de laine, les coudes sur les tables, vociféraient pour se faire entendre. Plus il entrait de buveurs, plus il fallait hurler dans le vacarme des voix et des dominos tapés sur le marbre, histoire de faire plus de bruit encore.