Mᵐᵉ Bascule.—Ces gens m’accablent de mensonges, monsieur le juge. J’en ai fait un homme.

Le Juge.—Parbleu.

Mᵐᵉ Bascule.—Et il me renie, il m’abandonne, il me vole mon bien...

Isidore.—C’est pas vrai, m’sieu l’juge. J’ voulus la quitter, v’là cinq ans, vu qu’ell’ avait grossi d’excès, et que ça m’allait point. Ça me déplaisait, quoi? Je li dis donc que j’ vas partir? Alors v’là qu’a pleure comme une gouttière et qu’a me promet son bien du Bec-de-Mortin pour rester quéque z’années, rien que quatre ou cinq. Mé, je dis «oui» pardi! Quéque vous auriez fait, vous?

Je suis donc resté cinq ans, jour pour jour, heure pour heure. J’étais quitte. Chacun son dû. Ça valait ben ça! (La femme d’Isidore, muette jusque-là, crie avec une voix perçante de perruche:)

—Mais guétez-la, guétez-la, m’sieu l’ juge, c’te meule, et dites-mé que ça valait ben ça?

Le Père hoche la tête d’un air convaincu et répète:—Pardi, oui, ça valait ben ça. (Mᵐᵉ Bascule s’affaisse sur le banc derrière elle, et se met à pleurer.)

Le Juge, paternel.—Que voulez-vous, chère dame, je n’y peux rien. Vous lui avez donné votre terre du Bec-de-Mortin par acte parfaitement régulier. C’est à lui, bien à lui. Il avait le droit incontestable de faire ce qu’il a fait et de l’apporter en dot à sa femme. Je n’ai pas à entrer dans les questions de... de... délicatesse... Je ne peux envisager les faits qu’au point de vue de la loi. Je n’y peux rien.

Le père Paturon, d’une voix fière.—J’ pourrais ti r’tourner cheuz nous?

Le Juge.—Parfaitement. (Ils s’en vont sous les regards sympathiques des paysans, comme des gens dont la cause est gagnée. Mᵐᵉ Bascule sanglote sur son banc.)