—Oh! que je suis heureuse! que je suis heureuse!

Et, tout d’un coup, je crie:

—Mais ce n’est pas toi! Oh! mon Dieu! Oh! mon Dieu!

Et je me mets à pleurer.

Tu juges si voilà un homme embarrassé! Il cherche d’abord à me consoler; il s’excuse, proteste qu’il s’est trompé aussi!

Moi, je pleurais toujours, mais moins fort; et je poussais de gros soupirs. Alors il me dit des choses très douces. C’était un homme tout à fait comme il faut; et puis ça l’amusait maintenant de me voir pleurer de moins en moins.

Bref, de fil en aiguille, il m’a proposé d’aller souper. Moi, j’ai refusé; j’ai voulu sauter de la voiture; il m’a retenue par la taille; et puis embrassée; comme j’avais fait à son entrée.

Et puis... et puis... nous avons... soupé... tu comprends... et il m’a donné... devine... voyons, devine... il m’a donné cinq cents francs!... Crois-tu qu’il y en a des hommes généreux!

Enfin, la chose a réussi pour tout le monde. C’est Louise qui a eu le moins avec deux cents francs. Mais, tu sais, Louise, vrai, elle était trop maigre!

La marchande de tabac allait toujours, vidant d’un seul coup tous ses souvenirs amassés depuis si longtemps dans son cœur fermé de débitante officielle. Tout l’autrefois pauvre et drôle remuait son âme. Elle regrettait cette vie galante et bohème du trottoir parisien, faite de privations et de caresses payées, de rire et de misère, de ruses et d’amour vrai par moments.