—Mais je ne plaisante pas le moins du monde. Vous m’avez parlé du dix-huitième siècle, vous m’avez laissé entendre que vous étiez régence. Je n’ai rien oublié. Le jour où il me conviendra de cesser d’être ce que je suis, vous aurez beau faire, entendez-vous, vous serez, sans même vous en douter... cocu comme d’autres.
—Oh!... pouvez-vous prononcer de pareils mots?
—De pareils mots!... Mais vous avez ri comme un fou quand Mᵐᵉ de Gers a déclaré que M. de Servy avait l’air d’un cocu à la recherche de ses cornes.
—Ce qui peut paraître drôle dans la bouche de Mᵐᵉ de Gers devient inconvenant dans la vôtre.
—Pas du tout. Mais vous trouvez très plaisant le mot cocu quand il s’agit de M. de Servy, et vous le jugez fort malsonnant quand il s’agit de vous. Tout dépend du point de vue. D’ailleurs je ne tiens pas à ce mot, je ne l’ai prononcé que pour voir si vous êtes mûr.
—Mûr... Pour quoi?
—Mais pour l’être. Quand un homme se fâche en entendant dire cette parole, c’est qu’il... brûle. Dans deux mois, vous rirez tout le premier si je parle d’un... coiffé. Alors... oui... quand on l’est, on ne le sent pas.
—Vous êtes, ce soir, tout à fait mal élevée. Je ne vous ai jamais vue ainsi.
—Ah! voilà... j’ai changé... en mal. C’est votre faute.
—Voyons, ma chère, parlons sérieusement. Je vous prie, je vous supplie de ne pas autoriser, comme vous l’avez fait ce soir, les poursuites inconvenantes de M. Burel.