Et elle fit rapporter le gigot.
Parent se demandait: «Ont-ils dîné? ou bien se sont-ils mis en retard à un rendez-vous d’amour?»
Ils mangeaient maintenant de grand appétit, tous les deux. Henriette, tranquille, riait et plaisantait. Son mari l’épiait aussi, par regards brusques, vite détournés. Elle avait une robe de chambre rose garnie de dentelles blanches; et sa tête blonde, son cou frais, ses mains grasses sortaient de ce joli vêtement coquet et parfumé, comme d’une coquille bordée d’écume. Qu’avait-elle fait tout le jour avec cet homme? Parent les voyait embrassés, balbutiant des paroles ardentes! Comment ne pouvait-il rien savoir, ne pouvait-il pas deviner en les regardant ainsi côte à côte, en face de lui?
Comme ils devaient se moquer de lui, s’il avait été leur dupe depuis le premier jour? Était-il possible qu’on se jouât ainsi d’un homme, d’un brave homme, parce que son père lui avait laissé un peu d’argent! Comment ne pouvait-on voir ces choses-là dans les âmes, comment se pouvait-il que rien ne révélât aux cœurs droits les fraudes des cœurs infâmes, que la voix fût la même pour mentir que pour adorer, et le regard fourbe qui trompe, pareil au regard sincère?
Il les épiait, attendant un geste, un mot, une intonation. Soudain il pensa: «Je vais les surprendre ce soir.» Et il dit:
—Ma chère amie, comme je viens de renvoyer Julie, il faut que je m’occupe, dès aujourd’hui, de trouver une autre bonne. Je sors tout de suite, afin de me procurer quelqu’un pour demain matin. Je rentrerai peut-être un peu tard.
Elle répondit:
—Va; je ne bougerai pas d’ici. Limousin me tiendra compagnie. Nous t’attendrons.
Puis, se tournant vers la femme de chambre:
—Vous allez coucher Georges, ensuite vous pourrez desservir et monter chez vous.