—C’est inepte, ce que tu fais! Du reste, toutes les femmes sont pareilles. Comment? voilà un excellent garçon, trop bon, stupide de confiance et de bonté, qui ne nous gêne en rien, qui ne nous soupçonne pas une seconde, qui nous laisse libres, tranquilles autant que nous voulons; et tu fais tout ce que tu peux pour le rendre enragé et pour gâter notre vie.

Elle se tourna vers lui:

—Tiens, tu m’embêtes! Toi, tu es lâche, comme tous les hommes! Tu as peur de ce crétin!

Il se leva vivement, et, furieux:

—Ah! çà, je voudrais bien savoir ce qu’il t’a fait, et de quoi tu peux lui en vouloir? Te rend-il malheureuse? Te bat-il? Te trompe-t-il? Non, c’est trop fort à la fin de faire souffrir ce garçon uniquement parce qu’il est trop bon, et de lui en vouloir uniquement parce que tu le trompes.

Elle s’approcha de Limousin, et, le regardant au fond des yeux:

—C’est toi qui me reproches de le tromper, toi? toi? toi? Faut-il que tu aies un sale cœur?

Il se défendit, un peu honteux:

—Mais je ne te reproche rien, ma chère amie, je te demande seulement de ménager un peu ton mari, parce que nous avons besoin l’un et l’autre de sa confiance. Il me semble que tu devrais comprendre cela.

Ils étaient tout près l’un de l’autre, lui grand, brun, avec des favoris tombants, l’allure un peu vulgaire d’un beau garçon content de lui; elle mignonne, rose et blonde, une petite Parisienne mi-cocotte et mi-bourgeoise, née dans une arrière-boutique, élevée sur le seuil du magasin à cueillir les passants d’un coup d’œil, et mariée, au hasard de cette cueillette, avec le promeneur naïf qui s’est épris d’elle pour l’avoir vue, chaque jour, devant cette porte, en sortant le matin et en rentrant le soir.