—Voilà... voilà... Répondez donc... Elle ne sait pas... Je parie qu’elle ne sait pas... Non... elle ne sait pas... parbleu!... elle couchait avec tous les deux!... Ah! ah! ah!... personne ne sait... personne... Est-ce qu’on sait ces choses-là?... Tu ne le sauras pas non plus, mon garçon, tu ne le sauras pas, pas plus que moi... jamais... Tiens... demande-lui... demande-lui... tu verras qu’elle ne sait pas... Moi non plus... lui non plus... toi non plus... personne ne sait... Tu peux choisir... oui... tu peux choisir... lui ou moi... Choisis... Bonsoir... c’est fini... Si elle se décide à te le dire, tu viendras me l’apprendre, hôtel des Continents, n’est-ce pas?... Ça me fera plaisir de le savoir... Bonsoir... Je vous souhaite beaucoup d’agrément...
Et il s’en alla en gesticulant, continuant à parler seul, sous les grands arbres, dans l’air vide et frais, plein d’odeurs de sèves. Il ne se retourna point pour les voir. Il allait devant lui, marchant sous une poussée de fureur, sous un souffle d’exaltation, l’esprit emporté par son idée fixe.
Tout à coup, il se trouva devant la gare. Un train partait. Il monta dedans. Durant la route, sa colère s’apaisa, il reprit ses sens et il rentra dans Paris, stupéfait de son audace.
Il se sentait brisé comme si on lui eût rompu les os. Il alla cependant prendre un bock à sa brasserie.
En le voyant entrer, Mˡˡᵉ Zoé, surprise, lui demanda:
—Déjà revenu? Est-ce que vous êtes fatigué?
Il répondit:
—Oui... oui... très fatigué... très fatigué...! Vous comprenez... quand on n’a pas l’habitude de sortir! C’est fini, je n’y retournerai point, à la campagne. J’aurais mieux fait de rester ici. Désormais, je ne bougerai plus.
Et elle ne put lui faire raconter sa promenade, malgré l’envie qu’elle en avait.
Pour la première fois de sa vie il se grisa tout à fait, ce soir-là, et on dut le rapporter chez lui.