Il jeta un coup d’œil sur le journal, alla regarder dans la rue, revint s’asseoir sur le canapé; mais une porte s’ouvrit, et son fils entra, nettoyé, peigné, souriant. Parent le saisit dans ses bras et le baisa avec passion. Il l’embrassa d’abord dans les cheveux, puis sur les yeux, puis sur les joues, puis sur la bouche, puis sur les mains. Puis il le fit sauter en l’air, l’élevant jusqu’au plafond, au bout de ses poignets. Puis il s’assit, fatigué par cet effort; et prenant Georges sur un genou, il lui fit faire «à dada».
L’enfant riait enchanté, agitait ses bras, poussait des cris de plaisir, et le père aussi riait et criait de contentement, secouant son gros ventre, s’amusant plus encore que le petit.
Il l’aimait de tout son bon cœur de faible, de résigné, de meurtri. Il l’aimait avec des élans fous, de grandes caresses emportées, avec toute la tendresse honteuse cachée en lui, qui n’avait jamais pu sortir, s’épandre, même aux premières heures de son mariage, sa femme s’étant toujours montrée sèche et réservée.
Julie parut sur la porte, le visage pâle, l’œil brillant, et elle annonça d’une voix tremblante d’exaspération:
—Il est sept heures et demie, Monsieur.
Parent jeta sur la pendule un regard inquiet et résigné, et murmura:
—En effet, il est sept heures et demie.
—Voilà, mon dîner est prêt, maintenant.
Voyant l’orage, il s’efforça de l’écarter:
—Mais ne m’as-tu pas dit, quand je suis rentré, que tu ne le ferais que pour huit heures?