Le curé examina à son tour le passage et le reconnut trop étroit et trop embourbé pour tenter l’expulsion de la bête. Ce fut l’instituteur qui débarrassa cette voie au moyen d’une allumette et d’une loque. Alors, au milieu de l’anxiété générale, le prêtre versa, dans ce conduit nettoyé, un demi-verre d’eau qui coula sur le visage, dans les cheveux et dans le cou de Belhomme. Puis l’instituteur retourna vivement la tête sur la cuvette, comme s’il eût voulu la dévisser. Quelques gouttes retombèrent dans le vase blanc. Tous les voyageurs se précipitèrent. Aucune bête n’était sortie.

Cependant Belhomme déclarant:

—Je sens pu rien, le curé, triomphant, s’écria:

—Certainement elle est noyée.

Tout le monde était content. On remonta dans la voiture.

Mais à peine se fut-elle remise en route que Belhomme poussa des cris terribles. La bête s’était réveillée et était devenue furieuse. Il affirmait même qu’elle était entrée dans la tête maintenant, qu’elle lui dévorait la cervelle. Il hurlait avec de telles contorsions que la femme de Poiret, le croyant possédé du diable, se mit à pleurer en faisant le signe de la croix. Puis, la douleur se calmant un peu, le malade raconta qu’ELLE faisait le tour de son oreille. Il imitait avec son doigt les mouvements de la bête, semblait la voir, la suivre du regard:

—Tenez, v’la qu’a r’monte... gniau... gniau... gniau... qué misère!

Caniveau s’impatientait.

—C’est l’iau qui la rend enragée, c’te bête. All est p’t-être ben accoutumée au vin.

On se remit à rire. Il reprit: