Comme il fuit vite, cet âge de la rêverie, le seul âge heureux de l’existence! Jamais on n’est solitaire, jamais on n’est triste, jamais morose et désolé quand on porte en soi la faculté divine de s’égarer dans les espérances, dès qu’on est seul. Quel pays de fées, celui où tout arrive, dans l’hallucination de la pensée qui vagabonde! Comme la vie est belle sous la poudre d’or des songes!
Hélas! c’est fini, cela!
Je me mis à rêver. A quoi? A tout ce qu’on attend sans cesse, à tout ce qu’on désire, à la fortune, à la gloire, à la femme.
Et j’allais, à grands pas rapides, caressant de la main la tête blonde des blés qui se penchaient sous mes doigts et me chatouillaient la peau comme si j’eusse touché des cheveux.
Je contournai un petit promontoire et j’aperçus, au fond d’une plage étroite et ronde, une maison blanche, bâtie sur trois terrasses qui descendaient jusqu’à la grève.
Pourquoi la vue de cette maison me fit-elle tressaillir de joie? Le sais-je? On trouve parfois, en voyageant ainsi, des coins de pays qu’on croit connaître depuis longtemps, tant ils vous sont familiers, tant ils plaisent à votre cœur. Est-il possible qu’on ne les ait jamais vus? qu’on n’ait point vécu là autrefois? Tout vous séduit, vous enchante, la ligne douce de l’horizon, la disposition des arbres, la couleur du sable!
Oh! la jolie maison, debout sur ses hauts gradins! De grands arbres fruitiers avaient poussé le long des terrasses qui descendaient vers l’eau, comme des marches géantes. Et chacune portait, ainsi qu’une couronne d’or, sur son faîte, un long bouquet de genêts d’Espagne en fleur!
Je m’arrêtai, saisi d’amour pour cette demeure. Comme j’eusse aimé la posséder, y vivre, toujours!
Je m’approchai de la porte, le cœur battant d’envie, et j’aperçus, sur un des piliers de la barrière, un grand écriteau: «A vendre.»
J’en ressentis une secousse de plaisir comme si on me l’eût offerte, comme si on me l’eût donnée, cette demeure! Pourquoi? oui, pourquoi? Je n’en sais rien!