Je jetai dix francs dans les mains de la vieille femme; je saisis la photographie, et je m’enfuis en courant et baisant éperdument le doux visage entré dans le carton.
Je regagnai la route et me remis à marcher, en la regardant, elle! Quelle joie qu’elle fût libre, qu’elle se fût sauvée! Certes, j’allais la rencontrer aujourd’hui ou demain, cette semaine ou la suivante, puisqu’elle l’avait quitté! Elle l’avait quitté parce que mon heure était venue!
Elle était libre, quelque part, dans le monde! Je n’avais plus qu’à la trouver puisque je la connaissais.
Et je caressais toujours les têtes ployantes des blés mûrs, je buvais l’air marin qui me gonflait la poitrine, je sentais le soleil me baiser le visage. J’allais, j’allais éperdu de bonheur, enivré d’espoir. J’allais, sûr de la rencontrer bientôt et de la ramener pour habiter à notre tour dans la jolie maison A vendre. Comme elle s’y plairait, cette fois!
A vendre a paru dans le Figaro du lundi 5 janvier 1885.