—Oh! dis-moi comment tu as fait... dis-moi!

—C’est bien simple... Je me suis dit: Il est jaloux de Baubignac; eh bien! ce sera Baubignac. Il est bête comme ses pieds, mais très honnête; incapable de rien dire. Alors j’ai été chez lui, après déjeuner.

—Tu as été chez lui? Sous quel prétexte?

—Une quête... pour les orphelins...

—Raconte... vite... raconte...

—Il a été si étonné en me voyant qu’il ne pouvait plus parler. Et puis il m’a donné deux louis pour ma quête; et puis comme je me levais pour m’en aller, il m’a demandé des nouvelles de mon mari; alors j’ai fait semblant de ne pouvoir plus me contenir et j’ai raconté tout ce que j’avais sur le cœur. Je l’ai fait encore plus noir qu’il n’est, va!... Alors Baubignac s’est ému, il a cherché des moyens de me venir en aide... et moi j’ai commencé à pleurer... mais comme on pleure... quand on veut... Il m’a consolée... il m’a fait asseoir... et puis comme je ne me calmais pas, il m’a embrassée... Moi, je disais: «Oh! mon pauvre ami... mon pauvre ami!» Il répétait: «Ma pauvre amie... ma pauvre amie!»—et il m’embrassait toujours... toujours... jusqu’au bout. Voilà.

Après ça, moi j’ai eu une grande crise de désespoir et de reproches.—Oh! je l’ai traité, traité comme le dernier des derniers... Mais j’avais une envie de rire folle. Je pensais à Simon, à sa tête, à ses favoris...! Songe...! songe donc!! Dans la rue, en venant chez toi, je ne pouvais plus me tenir. Mais songe!... Ça y est!... Quoi qu’il arrive maintenant, ça y est! Et lui qui avait tant peur de ça! Il peut y avoir des guerres, des tremblements de terre, des épidémies, nous pouvons tous mourir... ça y est!!! Rien ne peut plus empêcher ça!!! pense à sa tête... et dis-toi ça y est!!!!!

La baronne, qui s’étranglait, demanda:

—Reverras-tu Baubignac...?

—Non. Jamais, par exemple... j’en ai assez... il ne vaudrait pas mieux que mon mari...