—Mais, sacrebleu, prenez garde. Vous savez que je ne badine pas, moi, et que je peux vous faire sauter de votre place, mon bonhomme, et sans tarder encore. Et puis je suis le maire du pays, après tout; et je vous ordonne maintenant de me rendre ce papier.

Le piéton répondit avec fermeté: «Non, je n’ peux pas, m’sieu le maire!»

Alors Renardet, perdant la tête, le saisit par le bras pour lui enlever son sac; mais l’homme se débarrassa d’une secousse et, reculant, leva son gros bâton de houx. Il prononça, toujours calme: «Oh! ne me touchez pas, m’sieu le maire, ou je cogne. Prenez garde. Je fais mon devoir, moi!»

Se sentant perdu, Renardet, brusquement, devint humble, doux, implorant comme un enfant qui pleure.

—Voyons, voyons, mon ami, rendez-moi cette lettre, je vous récompenserai, je vous donnerai de l’argent, tenez, tenez, je vous donnerai cent francs, vous entendez, cent francs.

L’homme tourna les talons et se mit en route.

Renardet le suivit, haletant, balbutiant:

—Médéric, Médéric, écoutez, je vous donnerai mille francs, vous entendez, mille francs.

L’autre allait toujours, sans répondre. Renardet reprit: «Je ferai votre fortune... vous entendez, ce que vous voudrez... Cinquante mille francs... Cinquante mille francs pour cette lettre... Qu’est-ce que ça vous fait?... Vous ne voulez pas?... Eh bien, cent mille... dites... cent mille francs... comprenez-vous?... cent mille francs... cent mille francs.»

Le facteur se retourna, la face dure, l’œil sévère: «En voilà assez, ou bien je répéterai à la justice tout ce que vous venez de me dire là.»