L’employé de service, surpris et somnolent, les autorisa à attendre le jour dans le salon des voyageurs.

Ils y demeurèrent côte à côte, sans lumière, sur le canapé de velours vert, trop effrayés pour songer à dormir.

La nuit fut longue pour eux.

Ils apprirent, vers six heures et demie, que les portes étaient ouvertes et qu’on pouvait, enfin, pénétrer dans Antibes.

Ils se remirent en marche, mais ne retrouvèrent point sur la route leurs sacs abandonnés.

Lorsqu’ils franchirent, un peu inquiets encore, la porte de la ville, le commandant de Carmelin, l’œil sournois et la moustache en l’air, vint lui-même les reconnaître et les interroger.

Puis il les salua avec politesse en s’excusant de leur avoir fait passer une mauvaise nuit. Mais il avait dû exécuter des ordres.

Les esprits, dans Antibes, étaient affolés. Les uns parlaient d’une surprise méditée par les Italiens, les autres d’un débarquement du prince impérial, d’autres encore croyaient à une conspiration orléaniste. On ne devina que plus tard la vérité quand on apprit que le bataillon du commandant était envoyé fort loin, et que M. de Carmelin avait été sévèrement puni.

IV

M. Martini avait fini de parler. Mme Parisse revenait, sa promenade terminée. Elle passa gravement, près de moi, les yeux sur les Alpes dont les sommets à présent étaient roses sous les derniers rayons du soleil.