—Vous ne voulez pas dîner avec moi? Cela me ferait beaucoup de plaisir.

J’acceptai tout de suite. Elle sonna, enchantée; puis quand elle eut donné quelques ordres à la petite bonne, elle me fit visiter sa maison.

Une sorte de véranda vitrée, pleine d’arbustes, s’ouvrait sur la salle à manger et laissait voir d’un bout à l’autre la longue allée d’orangers, s’étendant jusqu’à la montagne. Un siège bas, caché sous les plantes, indiquait que la vieille actrice venait souvent s’asseoir là.

Puis nous allâmes dans le jardin regarder les fleurs. Le soir venait doucement, un de ces soirs calmes et tièdes qui font s’exhaler tous les parfums de la terre. Il ne faisait presque plus jour quand nous nous mîmes à table. Le dîner fut bon et long; et nous devînmes amis intimes, elle et moi, quand elle eut bien compris quelle sympathie profonde s’éveillait pour elle en mon cœur. Elle avait bu deux doigts de vin, comme on disait autrefois, et devenait plus confiante, plus expansive.

—Allons regarder la lune, me dit-elle. Moi, je l’adore, cette bonne lune. Elle a été le témoin de mes joies les plus vives. Il me semble que tous mes souvenirs sont dedans; et je n’ai qu’à la contempler pour qu’ils me reviennent aussitôt. Et même... quelquefois, le soir... je m’offre un joli spectacle... joli... joli... si vous saviez?... Mais non, vous vous moqueriez trop de moi... je ne peux pas... Je n’ose pas... non... non... vraiment, non...

Je la suppliais:

—Voyons... quoi? dites-le-moi; je vous promets de ne pas me moquer... je vous le jure... voyons...

Elle hésitait. Je pris ses mains, ses pauvres petites mains si maigres, si froides, et je les baisai l’une après l’autre, plusieurs fois, comme ils faisaient jadis, eux. Elle fut émue. Elle hésitait.

—Vous me promettez de ne pas rire?

—Oui, je le jure.