Christiane s’arrêta et l’ombre aussi resta immobile, couchée, tombée sur la route.

Paul fit rapidement quelques pas, jusqu’à la place où la forme de la tête s’arrondissait sur le chemin. Alors, comme s’il eût voulu ne rien perdre d’elle, il s’agenouilla et, se prosternant, posa sa bouche au bord de la sombre silhouette. Ainsi qu’un chien assoiffé boit, rampant sur le ventre, au bord d’une source, il se mit à baiser ardemment la poussière en suivant les contours de l’ombre bien-aimée. Il allait ainsi vers elle, sur les mains et sur les genoux, parcourant de caresses le dessin de son corps comme pour recueillir de ses lèvres l’image obscure et chère étendue sur le sol.

Elle, surprise, un peu effrayée même, attendit qu’il fût à ses pieds pour s’enhardir à lui parler; puis, quand il eut relevé la tête, toujours à genoux, mais l’étreignant à présent de ses deux bras, elle demanda:

—Qu’as-tu donc, ce soir?

Il répondit:

—Liane, je vais te perdre!

Elle enfonça tous ses doigts dans les cheveux épais de son ami et, se penchant, lui renversa le front pour lui baiser les yeux.

—Pourquoi me perdre? dit-elle, souriante, confiante.

—Puisque nous allons nous séparer demain.

—Nous séparer? Pour si peu de temps, chéri.