On hésita longtemps, le jeudi suivant, avant de partir pour le puy de la Nugère. Le ciel sombre et l’air lourd faisaient craindre la pluie. Mais Gontran insista si fort qu’il entraîna les indécis.

Le déjeuner avait été triste. Christiane et Paul s’étaient querellés la veille sans cause apparente. Andermatt avait peur que le mariage de Gontran ne se fît pas, car le père Oriol avait parlé de lui en termes ambigus, le matin même. Gontran, prévenu, était furieux et résolu à réussir. Charlotte, qui pressentait le triomphe de sa sœur, sans rien comprendre à ce revirement, voulait absolument rester au village. On la décida, non sans peine, à venir.

L’arche de Noé emporta donc ses passagers ordinaires, au grand complet, vers le haut plateau qui domine Volvic.

Louise Oriol, devenue brusquement loquace, faisait les honneurs de la route. Elle expliqua comment la pierre de Volvic, qui n’est autre chose que la lave des puys environnants, a servi à construire toutes les églises et toutes les maisons du pays, ce qui donne aux villes d’Auvergne l’air sombre et charbonneux qu’elles ont. Elle montra les chantiers où l’on taille cette pierre, indiqua la coulée exploitée comme une carrière, d’où on extrait la lave brute, et fit admirer, debout sur un sommet et planant au-dessus de Volvic, l’immense Vierge noire qui protège la cité.

Puis on monta vers le plateau supérieur, bosselé de volcans anciens. Les chevaux allaient au pas sur la route longue et pénible. De beaux bois verts bordaient le chemin. Et personne ne parlait plus.

Christiane songeait à Tazenat. C’était la même voiture! c’étaient les mêmes êtres, mais ce n’étaient plus les mêmes cœurs! Tout semblait pareil... et pourtant?... pourtant?... Qu’était-il donc arrivé? Presque rien!... Un peu d’amour de plus chez elle!... un peu d’amour de moins chez lui!... presque rien!... la différence du désir qui naît au désir qui meurt!... presque rien!... l’invisible déchirure que la lassitude fait aux tendresses!... oh! presque rien, presque rien!... et le regard des yeux changé, parce que les mêmes yeux ne voient plus de même le même visage!... Qu’est-ce qu’un regard?... Presque rien!

Le cocher s’arrêta et dit:

—C’est ici, à droite, par ce sentier, dans le bois. Vous n’avez qu’à le suivre pour arriver.

Tous descendirent, excepté le marquis, qui trouvait le temps trop chaud. Louise et Gontran partirent en avant et Charlotte demeura derrière, avec Paul et Christiane, qui pouvait à peine marcher. Le chemin leur parut long, à travers le bois, puis ils arrivèrent sur une crête couverte de hautes herbes et qui conduisait, en montant toujours, aux bords de l’ancien cratère.

Louise et Gontran, arrêtés au faîte, grands et minces tous deux, avaient l’air debout dans les nuages.