Elle put à peine retenir sa gaieté, en face de ce troisième médecin.
Il salua et complimenta.
—J’espère que madame n’est pas malade?
—Si. Un peu.
Il n’insista point et changea de conversation.
—Vous savez, mon cher comte, que vous aurez tantôt un spectacle des plus intéressants à l’entrée du pays.
—Quoi donc, docteur?
—Le père Oriol va faire sauter son morne. Ah! ça ne vous dit rien à vous, mais pour nous c’est un gros événement.
Et il s’expliqua.
Le père Oriol, le plus riche paysan de toute la contrée—on lui connaissait plus de cinquante mille francs de revenu—possédait toutes les vignes au débouché d’Enval sur la plaine. Or, juste à la sortie du village, à l’écartement du vallon, s’élevait un petit mont, ou plutôt une grande butte, et sur cette butte étaient les meilleurs vignobles du père Oriol. Au milieu de l’un d’eux, contre la route, à deux pas du ruisseau, s’élevait une pierre gigantesque, un morne qui gênait la culture et mettait à l’ombre toute une partie du champ qu’elle dominait.