—Moi... en ce moment...?

—Oui, elle s’est levée aujourd’hui et elle désire vous voir avant tout le monde. Courez-y donc bien vite, et excusez-moi.

Paul s’en alla vers l’hôtel, le cœur palpitant d’émotion.

En route il rencontra le marquis de Ravenel qui lui dit:

—Ma fille est debout et s’étonne de ne vous avoir pas encore vu.

Il s’arrêta cependant sur les premières marches de l’escalier pour réfléchir à ce qu’il lui dirait. Comment allait-elle le recevoir? Serait-elle seule? Si elle parlait de son mariage, que répondrait-il?

Depuis qu’il la savait accouchée il ne pouvait songer à elle sans frémir d’inquiétude; et la pensée de leur première rencontre, chaque fois qu’elle effleurait son esprit, le faisait brusquement rougir ou pâlir d’angoisse. Il songeait aussi, avec un trouble profond, à cet enfant inconnu dont il était le père, et il demeurait harcelé par le désir et la peur de le voir. Il se sentait enfoncé dans une de ces saletés morales qui tachent, jusqu’à sa mort, la conscience d’un homme. Mais il redoutait surtout le regard de cette femme qu’il avait aimée si fort et si peu longtemps.

Aurait-elle pour lui des reproches, des larmes ou du dédain? Ne le recevait-elle que pour le chasser?

Et quelle devait être son attitude à lui? Humble, désolée, suppliante ou froide? S’expliquerait-il ou écouterait-il sans répondre? Devait-il s’asseoir ou rester debout?

Et quand on lui montrerait l’enfant, que ferait-il? Que dirait-il? De quel sentiment apparent devrait-il être agité?