Un rire courut dans le public, un rire cruel; on espérait qu’il ne s’en irait pas à temps. Puis des voix l’appelèrent pour l’écarter; des hommes sifflèrent; on essaya de lui lancer des cailloux qui n’arrivèrent pas à mi-chemin. Mais le roquet ne bougeait plus et aboyait avec fureur contre le rocher.
Christiane se mit à trembler. Une peur atroce l’avait saisie de voir cette bête éventrée; tout son plaisir était fini; elle voulait s’en aller; elle répétait nerveuse, balbutiant, toute vibrante d’angoisse:
—Oh! mon Dieu! Oh! mon Dieu! il sera tué! Je ne veux pas voir! Je ne veux pas! Je ne veux pas! Allons-nous-en...
Son voisin, Paul Brétigny, s’était levé, et sans dire un mot, il se mit à descendre vers le morne de toute la vitesse de ses longues jambes.
Des cris d’épouvante jaillirent des bouches; un remous de terreur agita la foule; et le roquet, voyant arriver vers lui ce grand homme, se sauva derrière le roc. Paul l’y poursuivit; le chien passa encore de l’autre côté et, pendant une minute ou deux, ils coururent autour de la pierre, allant ou revenant tantôt à droite, tantôt à gauche, comme s’ils eussent joué une partie de cache-cache.
Voyant enfin qu’il n’atteindrait pas la bête, le jeune homme se mit à remonter la pente, et le chien, repris de fureur, recommença ses aboiements.
Des vociférations de colère accueillirent le retour de l’imprudent essoufflé, car les gens ne pardonnent point à ceux qui les ont fait trembler. Christiane suffoquait d’émotion, les deux mains appuyées sur son cœur bondissant. Elle perdait tellement la tête qu’elle demanda:
—Vous n’êtes pas blessé, au moins?
Tandis que Gontran, furieux, criait:
—Il est fou cet animal-là; il ne fait jamais que des bêtises pareilles; je ne connais pas un semblable idiot...