Elle sentait bien que ce garçon lui faisait un peu la cour, qu’il la trouvait jolie, plus que jolie même; et le désir de lui plaire lui donnait, à elle, mille inventions rusées et simples en même temps, pour le séduire et le conquérir.

Quand il avait l’air ému, elle le quittait brusquement; quand elle pressentait dans sa bouche une allusion attendrie, elle lui jetait, avant que la phrase fût terminée, un de ces regards courts et profonds qui entrent comme du feu au cœur des hommes.

Elle avait de fines paroles, de doux mouvements de tête, des gestes distraits de la main, et des airs mélancoliques bien vite arrêtés par un sourire pour lui montrer, sans lui rien dire, qu’il ne perdait pas ses efforts.

Que voulait-elle? Rien. Qu’attendait-elle de cela? Rien. Elle s’amusait à ce jeu uniquement parce qu’elle était femme, parce qu’elle n’en sentait point le danger, parce que, sans rien pressentir, elle voulait voir ce qu’il ferait.

Et puis en elle s’était développée tout à coup cette coquetterie native qui couve dans les veines de toutes les créatures femelles. L’enfant endormie et naïve d’hier s’était réveillée brusquement souple et perspicace en face de cet homme qui lui parlait sans cesse d’amour. Elle devinait le trouble croissant de sa pensée auprès d’elle, elle voyait l’émotion naissante de son regard, et elle comprenait les intonations différentes de sa voix, avec cette intuition particulière de celles qui se sentent sollicitées d’aimer.

D’autres hommes déjà lui avaient fait la cour dans les salons sans obtenir d’elle autre chose que des moqueries de gamine égayée. La banalité de leurs compliments l’amusait; leurs mines de soupirants tristes l’emplissaient de joie; et elle répondait par des niches à toutes les manifestations de leur émotion.

Avec celui-là, elle s’était sentie soudain en face d’un adversaire séduisant et dangereux; et elle était devenue cet être adroit, clairvoyant par instinct, armé d’audace et de sang-froid, qui, tant que son cœur reste libre, guette, surprend et entraîne les hommes dans l’invisible filet du sentiment.

Lui, dans les premiers temps, l’avait trouvée niaise. Accoutumé aux femmes aventureuses, exercées à l’amour comme un vieux troupier l’est à la manœuvre, expertes à toutes les ruses de la galanterie et de la tendresse, il jugeait banal ce cœur simple, et le traitait avec un léger dédain.

Mais peu à peu cette candeur même l’avait amusé, et puis séduit; et cédant à sa nature entraînable, il avait commencé à entourer de soins attendris la jeune femme.

Il savait bien que le meilleur moyen de troubler une âme pure était de lui parler sans cesse d’amour, en ayant l’air de songer aux autres; et, se prêtant alors avec astuce à la curiosité friande qu’il avait éveillée en elle, il s’était mis, sous prétexte de confidences, à lui faire sous l’ombre des bois un véritable cours de passion.