—Pardon, monsieur, nous vivons ensemble!

—Mais... alors... vous êtes fou, tout à fait fou, mon cher monsieur, de venir vous faire pincer ainsi, en plein champ, à dix heures du matin.

Le mercier semblait prêt à pleurer de honte. Il murmura:

—C’est elle qui a voulu ça! Je lui disais bien que c’était stupide. Mais quand une femme a quelque chose dans la tête... vous savez... elle ne l’a pas ailleurs.

Le maire, qui aimait l’esprit gaulois, sourit et répliqua:

—Dans votre cas, c’est le contraire qui aurait dû avoir lieu. Vous ne seriez pas ici si elle ne l’avait eu que dans la tête.

Alors une colère saisit M. Beaurain, et se tournant vers sa femme:

—Vois-tu où tu nous as menés avec ta poésie? Hein, y sommes-nous? Et nous irons devant les tribunaux, maintenant, à notre âge, pour attentat aux mœurs! Et il nous faudra fermer boutique, vendre la clientèle et changer de quartier! Y sommes-nous?

Mme Beaurain se leva, et, sans regarder son mari, elle s’expliqua sans embarras, sans vaine pudeur, presque sans hésitation.

—Mon Dieu, monsieur le maire, je sais bien que nous sommes ridicules. Voulez-vous me permettre de plaider ma cause comme un avocat, ou mieux comme une pauvre femme; et j’espère que vous voudrez bien nous renvoyer chez nous, et nous épargner la honte des poursuites.