Mais était-ce bien une hallucination? Je cherchai la tige. Je la retrouvai immédiatement sur l’arbuste, fraîchement cassée, entre deux autres roses demeurées sur la branche; car elles étaient trois que j’avais vues parfaitement.

Alors je rentrai chez moi, l’âme bouleversée. Messieurs, écoutez-moi, je suis calme; je ne croyais pas au surnaturel, je n’y crois pas même aujourd’hui; mais, à partir de ce moment-là, je fus certain, certain comme du jour et de la nuit, qu’il existait près de moi un être invisible qui m’avait hanté, puis m’avait quitté, et qui revenait.

Un peu plus tard, j’en eus la preuve.

Entre mes domestiques d’abord éclataient tous les jours des querelles furieuses pour mille causes futiles en apparence, mais pleines de sens pour moi désormais.

Un verre, un beau verre de Venise se brisa tout seul, sur le dressoir de ma salle à manger, en plein jour.

Le valet de chambre accusa la cuisinière, qui accusa la lingère, qui accusa je ne sais qui.

Des portes fermées le soir étaient ouvertes le matin. On volait du lait, chaque nuit, dans l’office.—Ah!

Quel était-il? De quelle nature? Une curiosité énervée, mêlée de colère et d’épouvante, me tenait jour et nuit dans un état d’extrême agitation.

Mais la maison redevint calme encore une fois; et je croyais de nouveau à des rêves quand se passa la chose suivante:

C’était le 20 juillet, à neuf heures du soir. Il faisait très chaud; j’avais laissé ma fenêtre toute grande ouverte, ma lampe allumée sur ma table, éclairant un volume de Musset ouvert à la Nuit de Mai; et je m’étais étendu dans un grand fauteuil où je m’endormis.